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09/01/2010

Quel livre seriez-vous ?

Des milliers sur les routes, les voies ferrées désaffectées, à l'heure où je vous parle, clochards au-dehors, bibliothèques au-dedans. Rien n'a été prémédité. Chacun avait un livre dont il voulait se souvenir, et y a réussi Puis, durant une période d'une vingtaine d'années, nous nous sommes rencontrés au cours de nos pérégrinations, nous avons constitué notre vague réseau et élaboré un plan. La seule chose vraiment importante qu'il nous a fallu nous enfoncer dans le crâne, c'est que nous n'avions aucune importance, que nous ne devions pas être pédants ; pas question de se croire supérieur à qui que ce soit. Nous ne sommes que des couvre-livres, rien d'autre Certains d'entre nous habitent des petites villes. Le chapitre I du Walden de Thoreau vit à Green River, le chapitre II à Willow Farm, dans le Maine. Tenez, il y a un patelin dans le Maryland, seulement vingt-sept habitants, aucune bombe n'y tombera jamais, qui constituent les essais complets d'un certain Bertrand Russell. Prenez cette bourgade, à peu de chose près, et tournez les pages, tant de pages par habitant. Et quand la guerre sera finie, un jour, une année viendra où l'on pourra récrire les livres ; les gens seront convoqués, un par un, pour réciter ce qu'ils savent, et on composera tout ça pour le faire imprimer, jusqu'à ce que survienne un nouvel âge des ténèbres qui nous obligera peut-être à tout reprendre à zéro. Mais c'est ce que l'homme a de merveilleux ; il ne se laisse jamais gagner par le découragement ou le dégoût au point de renoncer à se remettre au travail, car il sait très bien que c'est important et que ça en vaut vraiment la peine.

Ray Bradbury Farenheit 451

Pourquoi ?
Parce que le livre est derrière l'écran de mon ordinateur à l'instant où j'écris et que j'ai encore en tête l'évocation de la disparition de ces recueilleurs de poussières et de silences ,en plein Conseil municipal ,par le préposé à la culture villageoise .
INDIA SONG ,comme ça ,sans réfléchir mais il y a ,en prenant le temps ,tous ces essentiels qui font parvenir à soi-même et de point de vue-là ,embrasser le monde ,élargir le monde ,repousser ses voiles et ses murailles .

Le jeune homme dit " ce qui est important , ce n'est pas le support ,le papier ou l'ordinateur mais le texte "
Il doit y avoir , cependant ,à tourner de sa main les pages, à les corner , parfois ,une responsabilité comme à l'opposé ,à tenir une arme tueuse et non un substitut : la charge de l'histoire et du temps que son écho a parcouru et pourrait encore traverser .

Comment s'engager sans eux ?
Comment trouver les clés et les portes ?
Comment advenir sans eux ?

18/12/2009

Le Centre Effel , Farenheit 451 et la neige

 

La neige était tombée depuis le matin mais dans le roman de Bradbury ,  Clarisse McClellan parlait de la pluie qu'elle laissait couler dans sa bouche, la tête renversée en arrière  " on jurerait du vin, vous n'avez jamais essayé ? "
On s'était dit que tout compte-fait , la joie des enfants qui ne savaient pas encore que ce n'était que de l'eau , ne nous consolait pas de savoir que c'était un jour de plus sans répit à affronter pour nos SDF .

La page 54 de ce livre de 1953 ressemblait à notre inquiétude devant cette résignation majoritaire du temps présent  , cette déambulation mentale parmi les décors d'un film à peine catastrophe puisque les spectateurs baillaient " même pas mal " ...
J'avais regardé la sélection des ouvrages de Noël sur le catalogue municipal : une histoire de Père Noël noir ..de suie et de Dédé le cambrioleur ...La Bûche de Danièle Thompson..Le Grinch de Ron Howard ...la médiathèque même virtuelle se recouvrirait de poussière au fur et à mesure que les vrais livres disparaitraient et que la mémoire ne serait plus qu'un mot sur les marbres monumentaux .

- les gens ne parlent de rien.
- Allons donc , il faut bien qu'ils parlent de quelque chose !
- Non , non, de rien ! Ils ciitent toute une ribambelle de voitures, de vêtements ou de piscines et disent " super ! " Mais ils disent tous la même chose et personne n'est d'un avis différent ...

Sous le porche de l'église , en fin d'après-midi , Bruno et Danièle attendaient la suite de leur histoire .
Bruno avait les yeux abimés et Danièle nous parlait des bonnes résolutions qu'elle devrait prendre si elle voulait de l'aide municipale ...
Je me disais que ce serait bien de laver les yeux de Bruno comme on fait pour un enfant et que l'essentiel pour Danièle était qu'elle survive à l'hiver .
Elle avait survécu une nuit de plus en se réfugiant dans le métro .
Pour l'hébergement , il faudrait un miracle et c'était la bonne ou la pire saison ...

Plus tard , en passant le long des palissades du Centre Effel , plongé dans l'obscurité ,nous avons réveillé un chien de chantier et son maître . Encore une petite cabane qui nous aurait permis d'abriter nos Fragiles mais là , pas de planètes merveilleuses scintillant dans la nuit levalloisienne . Juste les flancs éventrés des navires de béton .

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29/11/2009

On est que des fragiles lucioles mais si ça peut

faire un peu de lumière pour ces hommes et ces femmes qui s'ombrent chaque jour davantage .

On était passé aux bancs de la Mairie vers 18 h pour prévenir Bruno et les autres qu'on avait pas eu le temps de faire la soupe . Le cageot de fêves et les radis noirs me laissaient perplexe .
A la Mairie , ils trouvaient ça ringard d'éplucher des légumes pour quelques SDF mais on s'en fichait plutôt carrément !
On leur avait apporté des photographies des jours passés , plastifiées... à cause de la pluie .
Danièle essayait de fixer dans sa mémoire la date du rendez-vous qu'on avait réussi à lui procurer à Beaujon et je m'étais bien interdit de lui parler des risques de fermeture du service des urgences .
Sylvain avait sorti une petite paire de ciseaux pour découper le tour blanc de son portrait et m'avait demandé " la patronne , je pourrais avoir les photos des copains , aussi ? "
Danièle regardait celle de Dédé et le trouvait beau .
Christian pensait qu'on aurait du faire la Nuit Solidaire , là , devant la Mairie mais la vie prenait ses virages sans attendre que nous ayions fini de poser le décor .
Alors , nous sommes parties vers la Bastille , encastrées entre les voitures qui glissaient sous les lumères-toc des marchés de Noël et la pluie de toujours .
Les gens , là-bas , avaient les épaules couvertes d'or et on a récupéré des couvertures de survie .
Il y avait de la soupe servie dans des containers et on s'est réchauffées comme ça  , en prenant de l'autre main , des photos un peu floues . Et des tuiles pour écrire des messages de nuit . Comme celui de Ben Vautier " SANS TOIT JE NE SUIS RIEN "

On a parlé avec un compagnon d'Emmaüs qui avait conduit depuis Longjumeau un autobus jaune dont il était très fier " on y croit ! " disait-il en réponse à ce mélange d'espoir et d'impuissance .
Nous aussi mais on avait froid , alors on est reparti vers le Village de Levallois-Perret ...

 

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