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01/01/2009

Bientôt le grand vide sidéral , bientôt Gattaca ?

Le Québec Café : un pan d’histoire bientôt détruit

Tour à tour épicerie, bar et restaurant, le Québec Café s’est transmis de génération en génération. Il est aujourd’hui condamné. Retour sur une aventure familiale et locale.

Matthieu Pelloli | 27.12.2008, 07h00 Ce n’est pas seulement un restaurant, c’est un pan de l’histoire du XXe siècle. Le Québec Café, avenue Louis-Roche à Gennevilliers*, fait partie de ces lieux qui ont une âme, mais une procédure d’expropriation pour utilité publique est en cours. Avec les différentes possibilités d’appel, l’établissement ne devrait heureusement pas fermer ses portes avant deux ans.
Autant de répit pour découvrir cet endroit magique.
Les convives pourraient passer des heures à écouter Colette, la patronne, égrener l’histoire des vieux murs en brique rouge et du sol pavé : « C’est Marie-Louise, ma grand-mère, qui y a usé ses sabots la première. » Nous sommes en 1912. Agée de 14 ans, Marie-Louise est montée d’Auvergne rejoindre son oncle et sa tante à Gennevilliers.
« Le Québec Café n’était encore qu’une modeste propriété où ruminaient quelques vaches », souligne Colette.

« Ma grand-mère avait son nom sur une cloche de l’église »

Deux ans plus tard, la Première Guerre mondiale éclate. L’oncle meurt au front—son nomest gravé sur le monument aux morts de la ville. Sa veuve embauche comme garçon de ferme un jeune Espagnol qui a fui son pays pour échapper à l’armée. C’est Benito Casanova… le bien nommé. Marie- Louise l’épouse et lui donne une fille, Mimi.
Au début des années 1920, la petite famille rêve de partir élever des chevaux en Argentine ou tenter l’aventure au Québec. Mais Benito décède d’une pneumonie… Adieu le Nouveau Monde.
Dans les années 1930, la ferme est devenue une épicerie etMimi part en De Dion-Bouton acheter les légumes aux Halles. Les équipées sont mémorables et la période est joyeuse, jusqu’à ce que l’Allemagne nazie décide de faire mentir l’expression « der des ders ». Dans la France occupée, Mimi rencontre Jean, un passionné de sport qui pratique la lutte et le catch. Colette naît dans l’épicerie et grandit « sous la caisse avec le biberon… ».
Après la guerre, les usines poussent comme des champignons à Gennevilliers et les premiers immigrés posent leurs valises. Colette sourit : « L’épicerie estdevenue la banque desouvriersnord-africains, qui confiaient leur argent à maman pour le mettre à l’abri. » Elle se souvient aussi de son père, « qui faisait danser à l’accordéon les soirs de 14 Juillet ».Ce sont les Trente Glorieuses, l’avenue déborde de commerces…rien à voir avec le « no man’s land » actuel.
L’épicerie ferme ses portes en 1976 avec l’arrivée de Carrefour. Colette n’a pas oublié « l’ingratitude des anciens clients, qui passaient devant la vitrine les bras chargés de sacs en plastique et avaient le culot de demander : Mimi, t’as pas du persil ? ». Las, Mimi et Jean partent en province.
C’est Colette, avec son frère, qui a dépoussiéré les vieux murs en 1994 pour ouvrir un restaurant. Ce sera leQuébec Café, en hommage au projet de départ avorté des grands-parents. La fermeture d’ici à deux ans ? Difficile de ne pas y penser… Colette soupire : « C’est un déchirement. Cette maison a fait vivre cinq générations dema famille. Nous sommes la mémoire du quartier, ma grandmère avait son nomsur une cloche de l’église…» La cloche n’est plus là. Si elle n’a pas été fondue pendant la guerre, quelque part, elle sonne sans doute le glas.

* Le Québec Café, 23, avenue Louis-Roche à Gennevilliers. Tél.
01.47.91.00.79. Prix moyen hors vins : 21 €.

 

Souce  Le Parisien

 

 

 

 

 
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