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28/10/2008

L'autre Journal ...avant les blogs

Le premier éditorial de Michel Butel :

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4043_1.jpg“Hiver dans le siècle et automne en Occident. La peur ronge les imaginations. L’intelligence tourne à l’envers des années. Ainsi la religion, l’ancien opium des peuples, aujourd’hui celui des intellectuels. Comme toujours le clerc induit le barbare. Hier encore, les fascismes aimantaient les vies les plus fragiles, Benjamin ou Maïakovski, précipités vers le pôle négatif. Une semblable insomnie colore l’aube du vingt-et-unième siècle.

En ce temps de crise à quoi sert un journal ? Dans l’actualité soi-disant familière, dans ses malfaçons les plus claires, qui gouvernent les rubriques, faits divers, culture, économie, politique, introduire la seule tension de la beauté; que le grossier qui toujours semble affecter l’évènement se dissolve dans l’art de la relation. Que la tristesse des simples faits le cède au style de leur évocation. Car nous subissons aujourd’hui cet outrage: à la litanie des informations s’est jointe la rumeur immonde du commentaire, “un esprit du temps” nous dit-on; la modernité dans tous ses états, la dérision, le chic, l’humour fin de race. La beauté, oui, mais pas en habit du dimanche. La beauté, oui, mais à la merci de chacun. Certes pas le retrait ni la retraite. Pas de papier glacé, pas de revue. Une conversation courante: des hésitations, des reprises, des silences, des chutes, des scories, des illustrations, des envolées, des interruptions.

Un journal qui démente la proposition désormais générale de l’apocalypse imminente du désespoir. Puisque nous ne cherchons aucune consolation, nous pouvons parler, nous asseoir là, dans la chambre obscure, où bien au bord de l’eau, marcher sous les arbres, nous étendre sur l’herbe et continuer cette conversation qui nous a précédé et que nous devons maintenir en état de veille et de mélancolie, en un état de grâce et d’ironie. Jusqu’à ce que le souffle nous manque d’avoir sans trêve ranimé cette flamme, bien plus vacillante que je ne l’ai dit. Journal, lueur maintenue de la conversation.”

copié sur

http://totem.blog.lemonde.fr/2008/02/04/lautre-journal/

" Les journaux prétendent informer, est-ce qu’on peut prétendre qu’on informe ? et de quoi informe-t-on ? et comment informe-t-on ? Sans émotion ? Est-ce que, lorsqu’on dit il s’est passé telle chose à telle heure à tel endroit, on informe ? Je crois que le type qui présente le journal télévisé par exemple, ou l’éditorialiste de Libération ou du Monde, qui dit qu’il y a eu un attentat avec 175 morts sur le marché à Bagdad, il n’y a pas une personne qui ait été informée par ce qu’il a écrit ou dit. Ou peut-être son fils, mais sinon je ne vois pas qui. Je crois que c’est illisible, ce qu’il y a marqué là, on ne le lit pas. Pour qu’on entende quelque chose, pour qu’on lise quelque chose, pour qu’on soit informé, je crois qu’il faut que ça passe par la médiation de l’art, de la beauté, du scandale, d’une infraction quelconque à ce qui est la loi, à la parole dominante dans une langue. Simplement si on poursuivait cette histoire, si on prenait dans cette information ce qu’ils ont voulu faire, le spectaculaire, c’est-à-dire le nombre de morts : « Le nombre de morts », c’est comme un sketch comique. Parce que si vous prenez le titre du Monde - le truc neutre total - « Attentat sanglant sur un marché à Bagdad : 175 morts. » Vous remplacez par « 3 morts ». Vous remplacez par « 700 morts », « 4 000 morts ». Ça ne veut littéralement rien, mais rien, rien dire. Les chiffres se succèdent, vous n’en avez aucune intelligence. Ça n’est pas lisible. Ça n’est pas que ça ne veut rien dire, c’est que vous ne lisez pas les chiffres. C’est 3 ou c’est 175 ou c’est 700 ou c’est 2 000. Et si on poursuivait, ce qui serait vraiment salubre, l’expérience jusqu’à dire : « L’attentat 175 morts sur un marché à Bagdad », on passe des chiffres aux lettres, et on dit « à Kaboul », non, c’est à Téhéran, c’est ailleurs, c’est en Amérique du Sud, etc. C’est illisible. Dans nos pensées, consciences, moyens de réflexion, moyens d’appréhender le monde dans lequel on vit, décisions à prendre, dans tous les domaines, qui concernent nos vies privées ou même dans nos soi-disant vies citoyennes ou publiques : rien. Absolument aucun écho. C’est totalement irréel. Virtuel même, beaucoup plus que tout ce qu’on peut attribuer à la civilisation de l’internet. Les mots, les phrases, les considérations, et même les jugements, maintenant, ceux qui font la presse, ceux qui font des journaux, c’est : rien."

michel Butel

 

 
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